La chanteuse américaine a souvent été cantonnée, à tort, à un rôle de "bimbo country". Adulée par les milieux conservateurs américains, Dolly Parton a pourtant consacré une grande partie de sa vie et de sa fortune à défendre des causes progressistes, notamment les droits des LGBT+ et l’accès à l’éducation pour les enfants issus de milieux pauvres, à rebours de l’Amérique de Donald Trump.
Derrière les talons à strass, les faux cils, l'emblématique perruque blonde et les ongles en acrylique, il y a une autre Dolly Parton. L'artiste a souvent été réduite à son image de bimbo et d'icône de la country, particulièrement populaire dans les milieux conservateurs américains. Mais la chanteuse, décédée mardi 27 août à l'âge de 80 ans, a consacré une grande partie de sa vie et de sa fortune à défendre des causes humanistes et à soutenir les plus vulnérables, notamment les enfants issus de familles pauvres et les personnes LGBT+.
Derrière son apparence extravagante se cachait une femme à l'humour mordant, adepte de l'autodérision et d'une ironie assumée. Elle en jouait depuis le début de sa carrière, notamment dans ses chansons.
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Son premier grand succès, en 1967, en est un exemple. Intitulé ironiquement "Dumb Blonde" ("Blonde idiote"), le morceau s'adresse à un homme qui traite une femme de blonde stupide. "Cette blonde-là ne se laisse berner par personne", chante Dolly Parton renversant les clichés. Elle fut souvent la cible de remarques de bas étage sur son physique. Un message qui résonne d'autant plus dans l'Amérique des années 1960, au moment où émerge le Mouvement de la libération des femmes.
Une féministe à sa manière
L'interprète de "Jolene" et de "I Will Always Love You" est aussi celle qui, aux côtés de Loretta Lynn et Tammy Wynette, a contribué à révolutionner l'univers de la musique country pour les femmes et à ouvrir la voie à une nouvelle génération d'artistes.
Même si elle n'employait pas le terme de "féminisme", une grande partie de la carrière de Dolly Parton et son écriture de chansons, a été considérée comme une forme de féminisme.
Son titre de 1968, "Just Because I'm a Woman" ("Juste parce que je suis une femme"), en 1968, en est une illustration. De sa voix de soprano douce, portée par son vibrato si particulier, elle rappelle à son partenaire qu'il n'a pas à la juger parce qu'elle a eu des relations sexuelles avant lui, puisqu'il a lui-même connu d'autres femmes. "Mes erreurs ne sont pas pires que les tiennes", chante-t-elle, "juste parce que je suis une femme".
Même constat avec "Down from Dover", sorti en 1970. Un morceau déchirant sur une adolescente enceinte abandonnée par sa famille et par le père de son enfant. Elle donne naissance seule à un bébé mort-né, sans aucun traitement médical. Une chanson que Dolly Parton regrettait de voir si peu diffusée à la radio, et dont l'histoire tragique résonne encore aujourd'hui.
Une alliée des LGBT+
Immensément populaire dans les milieux les plus conservateurs, Dolly Parton l'était aussi auprès des LGBT+. À plusieurs reprises, la légende de la country a pris leur défense, en participant notamment à un concours de drag-queen.
Des fans de Dolly Parton rassemblés à la Harvey Milk Plaza, à San Francisco, le 25 août 2026. © Dan Hernandez, San Francisco Chro, AP
"Nous sommes censés nous aimer les uns les autres pour qui nous sommes et pour ce que nous sommes", avait-elle confié à CNN. Ajoutant dans une autre interview : "Les gens sont ce qu'ils sont et je ne suis pas Dieu, je ne suis pas un juge".
En 1991, la diva avait d'ailleurs intitulé une chanson "Family", dans laquelle elle soutenait la communauté gay, alors stigmatisée par l'épidémie du sida.
Ses chansons et ses déclarations ont eu un rôle libérateur pour bien des personnes LGBT+, en particulier pour de jeunes homosexuels issus de familles traditionnalistes du Sud profond, le "deep South" des États-Unis, d'où elle était originaire.
Ce que disait Dolly Parton à se sujet n'était pas anodin. Pour Nadine Hubbs, auteure du livre "Rednecks, Queers, and Country Music" et professeure à l'Université du Michigan, cette foi en l'amour du prochain a été forgée par l'éducation religieuse de la chanteuse, dont le grand-père était pasteur pentecôtiste.
Ce bagage lui a aussi fourni les références pour aider le Sud profond à entendre son message, estime la chercheuse. "Dolly a montré qu'il était possible non seulement d'aimer et d'accepter les autres et soi-même, mais aussi de le faire dans un cadre profondément chrétien", souligne-t-elle auprès de l'AFP.
Une fortune mise au service des plus vulnérables
Quatrième d'une fratrie de douze, issue d'une famille pauvre du comté rural de Sevier, dans l'est du Tennessee, la star multimillionnaire, n'a jamais oublié d'où elle venait. L'une de ses priorités a notamment été de favoriser la réussite scolaire des enfants nés dans la pauvreté.
Avec la même détermination que celle dont elle faisait preuve sur scène, Dolly Parton s'est ainsi employée à consacrer une partie de sa fortune au service du bien commun.
En 1988, elle a créé la "Dollywood Foundation", initialement destinée à lutter contre le décrochage scolaire au lycée. Au début des années 1990, son programme "Buddy" associait des collégiens du comté de Sevier et leur accordait 500 dollars s'ils terminaient leurs études secondaires. En 2000, elle lança une bourse universitaire accordant 15 000 dollars à cinq lycéens de son comté natal.
Il y avait aussi une générosité plus discrète, que le public continuait encore à découvrir durant ses dernières années. Après avoir enquêté sur Internet, des fans ont découvert qu'elle finançait depuis longtemps les uniformes de fanfare de nombreux lycées du Tennessee. Elle a acheté un centre commercial à Nashville avec les droits d'auteur issus de sa chanson "I Will Always Love You", afin de soutenir le quartier noir environnant.
En 2016, lorsque des incendies de forêt ravagent les Great Smoky Mountains, sa région natale, sa fondation avait versé 1 000 dollars par mois pendant six mois aux familles ayant perdu leur maison pour un montant total de 9 millions de dollars.
En 2020, la chanteuse décide de faire don d'un million de dollars à la recherche sur la Covid-19 menée à l'université Vanderbilt, contribuant ainsi au financement du vaccin de Moderna.
Une star qui n'oublia jamais ses origines modestes
Mais la plus connue de ses initiatives reste l'Imagination Library, fondée en 1995. Le père de Dolly Parton était analphabète et cela l'a incitée à créer une organisation fournissant des livres aux personnes qui n'en avaient pas les moyens. Grâce à cette initiative, des enfants des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, d'Irlande et d'Australie ont reçu plus de 330 millions de livres.
Interrogée par AP, Fran DeWine, l'épouse du gouverneur républicain de l'Ohio, où plus d'un million d'enfants ont reçu ces livres, décrit le "dévouement de Parton envers les enfants et l'alphabétisation" comme "sans égal". "Sa générosité et son esprit désintéressé laissent un héritage qui perdurera pendant des générations", a-t-elle déclaré.
Après sa mort, la famille de Dolly Parton a demandé aux personnes souhaitant lui rendre hommage de faire des dons à l'Imagination Library plutôt que d'envoyer des fleurs.
Une icône au-dessus des clivages politiques
Artiste adorée des Américains, elle a toujours tenu à rester apolitique. Elle a refusé à trois reprises la Médaille présidentielle de la Liberté, deux fois de la part du président Donald Trump et une fois du président Joe Biden.
Cette volonté de rester à distance des clivages politiques a contribué à faire d'elle une figure unique dans une Amérique profondément divisée. Soixante ans après son premier succès, l'artiste a été capable tout au long de sa carrière d'être aimée à la fois par les milieux conservateurs et progressistes, sans jamais se laisser enfermée par un camp politique.
Avec AFP et AP