Le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, a remporté dimanche les élections législatives et est d'ores et déjà assurée, selon les projections de l'agence Tass, de conserver sa majorité des deux tiers des députés à la Douma.
 

Sans surprise, le parti de Vladimir Poutine a remporté, dimanche 20 septembre, une large majorité aux législatives, marquées par des piratages informatiques et des attaques de drones ukrainiens auxquelles Moscou a promis une riposte.

Aucun parti opposé au conflit n'avait été autorisé à concourir pour ces élections visant à renouveler la chambre basse du Parlement, les premières depuis le début de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022. Le scrutin s'est déroulé également dans les territoires d'Ukraine occupés et annexés par la Russie.

La majorité des deux tiers conservée à la Douma

Selon les résultats officiels relayés par les agences de presse russes après dépouillement des trois quarts des bulletins, Russie unie remporte 57,5 % des voix, contre 14 % pour les communistes et 8,7 % pour les nationalistes du LDPR.

La formation au pouvoir semble en passe de nettement améliorer son score de 2021 (49,8 %) et est, selon les projections de l'agence Tass, d'ores et déjà assurée de conserver sa majorité des deux tiers des députés siégeant à la Douma, ce qui lui permet de modifier la Constitution.

À voir aussiMarie Jégo : "Poutine veut faire de ces législatives l'emblème du soutien public à sa guerre"

Les autorités électorales se sont également félicitées d'une participation en hausse (56,7 %), malgré un scrutin sans suspense dans un pays où l'expression de la dissidence est sévèrement réprimée.

Face au parti du Kremlin, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine ont été autorisées à concourir. Le seul parti frontalement opposé à la guerre, Iabloko, avait été écarté.

Dmitri Medvedev, l'ex-président et actuel patron de Russie unie, a salué les premières tendances comme une expression de confiance dans le pouvoir, promettant de "soutenir la ligne fixée par le président" et de "rapprocher (le pays) de la victoire".

La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a indiqué que les résultats préliminaires seraient annoncés lundi à 11 h (8 h GMT).

À (re)lire aussiLégislatives en Russie : "Le résultat est joué d’avance" pour une victoire de Poutine

Plus d'un millier de drones sur Moscou

Rappelant la réalité d'un conflit marqué ces derniers mois par une intensification des frappes des deux côtés du front, la dernière journée de vote a été marquée tôt dimanche par une attaque ukrainienne qui a impliqué plus d'un millier de drones et tué deux personnes dans la périphérie de la capitale, d'après les autorités russes.

À Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée, selon le maire Sergueï Sobianine, qui a dénoncé une attaque "manifestement planifiée dans le but de perturber les élections".

Un drone ukrainien a également frappé un bus dans la région de Kherson, dans le sud de l'Ukraine contrôlé par la Russie, tuant deux personnes dont une employée de la Commission électorale, a annoncé celle-ci.

Dans la soirée, le ministère russe de la Défense a assuré que Moscou "poursuivrait et intensifierait" ses frappes au moyen d'"armes de haute précision contre des cibles militaires à Kiev", en réponse à ces attaques.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré que les frappes de l'Ukraine "ont eu un impact très important dans la région de Moscou".

Le dirigeant s'est entretenu au téléphone avec Donald Trump, qui a sommé Kiev ces derniers jours de cesser ses frappes contre les raffineries russes. Il a indiqué avoir convenu d'une rencontre à New York dans les prochains jours avec le président américain, avec qui il a évoqué "des idées pour des mesures de désescalade".

À lire aussiOpération Vivaldi : première saison d'une série de contre-offensives ukrainiennes ?

Cyberattaques

Parallèlement, la Commission électorale a annoncé avoir observé "plus d'un millier" de vagues d'attaques destinées à saturer de requêtes le système de vote électronique, ainsi que des attaques contre "l'infrastructure de télécommunications de la Russie dans son ensemble".

"Les attaques ont été menées par des groupes hautement professionnels et bien coordonnés, utilisant des outils d'intelligence artificielle", a déclaré Ella Pamfilova, évoquant des tentatives présentant "des signes d'une ingérence ukrainienne".

Ce scrutin s'est déroulé dans un contexte social tendu, la Russie étant confrontée à des sanctions économiques occidentales, des frappes ukrainiennes régulières, des pénuries d'essence et des limitations dans le fonctionnement d'Internet dans plusieurs régions.

"Répression systématique et institutionnalisée"

Vitali Ivanov, 63 ans, retraité du métro de Moscou, a dit dimanche à l'AFP avoir voté "pour les communistes". "J'ai une petite retraite, ça ne suffit pas pour vivre", explique-t-il.

À Moscou, Igor Safronov, un programmateur de 30 ans, a dit à l'AFP qu'il avait voté pour le parti des Nouvelles personnes, car il "ne voulait pas voter pour Russie unie".

À Berlin, qui accueille l'une des plus grandes diasporas de Russes ayant fui leur pays, quelques dizaines de partisans de l'opposition en exil ont protesté aux cris de "La Russie sera libre !" et "Non à la guerre !", a constaté un journaliste de l'AFP.

À Londres, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l'ambassade russe, certaines brandissant des drapeaux ukrainiens, d'autres des pancartes sur lesquelles étaient inscrites "Say no to Putin" ("Dites non à Poutine").

L'Union européenne a de son côté dénoncé des élections se déroulant dans un climat de "répression systématique et institutionnalisée".

Avec AFP