Les huit pays européens menacés de surtaxes douanières par Donald Trump, en raison de leur opposition à ses velléités d'annexer le Groenland, ont assuré dimanche qu'ils resteraient unis, l'Union européenne examinant les différentes ripostes possibles. Le président ​du Conseil européen, Antonio Costa, a ⁠déclaré dimanche avoir décidé de réunir un sommet extraordinaire des dirigeants de ​l'UE "dans les jours qui viennent".
 

Les Européens s'activaient, dimanche 18 janvier, pour opposer un front uni aux menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump contre plusieurs pays s'opposant à ses velléités de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois. 

Un sommet extraordinaire des dirigeants des 27 aura lieu "dans les jours qui viennent", a annoncé le président du Conseil européen Antonio Costa à l'issue d'une réunion d'urgence des ambassadeurs des Vingt-Sept. De source européenne, il devrait probablement avoir lieu jeudi.

Selon un diplomate européen, la rencontre des ambassadeurs a montré la volonté des États membres de dire clairement aux Etats-Unis que l'utilisation de mesures commerciales comme moyen de pression n'était pas acceptable et que l'UE avait "plusieurs instruments à sa disposition pour répondre si nécessaire".

En parallèle de la recherche d'une solution diplomatique, les pays ont demandé à la Commission d'examiner les différentes ripostes envisageables, a par ailleurs indiqué une autre source.

Un peu plus tôt, le président français Emmanuel Macron avait fait savoir qu'il comptait demander l'activation de l'instrument anti-coercition de l'UE en cas de nouveaux droits de douane américains.

Cet outil, "arme nucléaire économique" selon les termes de l'eurodéputée Valérie Hayer, vise à répondre à un pays tiers qui utiliserait des armes commerciales dans le but d'interférer "dans les choix souverains légitimes de l'UE ou d’un État membre". Il permet en particulier de limiter les importations provenant d'un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer certains investissements. De sources diplomatiques, aucune décision sur ce dossier n'a été prise à ce stade.

Une autre réponse possible pour les 27 serait de réactiver les mesures de représailles prévues sur une liste comprenant 93 milliards d'euros de marchandises américaines.

À lire aussiEntre le Groenland et le Danemark, un mariage de raison qui tient face aux visées de Trump

Cette riposte, un temps envisagée, avait été suspendue après la conclusion, à l'été 2025, d'un accord commercial entre Washington et Bruxelles.

L'ordre mondial "tel que nous le connaissons" et "l'avenir" de l'Otan sont en jeu, a estimé Lars Lokke Rasmussen, ministre des affaires étrangères du Danemark, assurant ne pas douter d'un "soutien européen fort".

La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, a de son côté échangé avec Donald Trump pour lui notifier l'"erreur" que constituaient selon elle ces menaces de surtaxes.

"Unis et coordonnés"

"Les menaces douanières sapent les relations transatlantiques et risquent de conduire à un dangereux engrenage. Nous continuerons à rester unis et coordonnés dans notre réponse. Nous sommes déterminés à défendre notre souveraineté", ont déclaré le Danemark, la Finlande, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni dans un communiqué commun.

Il a menacé de leur imposer de nouveaux droits de douane jusqu'à ce qu'"un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland". Une surtaxe de 10% à partir du 1er février, qui pourrait monter à 25% au 1er juin.

Depuis son retour au pouvoir il y a un an, Donald Trump parle régulièrement de prendre le contrôle de l'immense île située entre l'Amérique du nord et l'Europe, invoquant des raisons de sécurité nationale face aux avancées russes et chinoises en Arctique. 

Samedi, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés, notamment à Copenhague et à Nuuk en scandant "le Groenland n'est pas à vendre".

Cette "dispute" territoriale entre les Etats-Unis et le Danemark, deux pays membres de l'Otan, est inédite, et menace l'Alliance atlantique dans son existence, 77 ans après sa création en 1949.

Manifestation pour dénoncer les ambitions territoriales de Donald Trump qui continue d'afficher son intention de s'emparer du Groenland, le 17 janvier 2026 à Nuuk © Alessandro RAMPAZZO / AFP

Très prudent sur ce dossier qui le place dans une position extrêmement inconfortable, son secrétaire général, Mark Rutte, a annoncé dimanche soir qu'il avait échangé avec Donald Trump.

"J'ai discuté avec le président des États-Unis de la situation sécuritaire au Groenland et dans l'Arctique. Nous poursuivrons nos efforts sur ce sujet et je me réjouis de le rencontrer à Davos en fin de semaine", a-t-il simplement indiqué sur X, sans autre précisions sur le contenu de cet échange téléphonique très attendu.

Paris et Berlin devaient tenter de coordonner leur réponse lundi à Berlin où leurs ministres de l'Économie doivent se retrouver. Les discussions devraient ensuite se déplacer à Davos, grand-messe du libre-échange, où Donald Trump sera de nouveau en vedette.

Avec AFP