La principale hypothèse retenue après le choc sismique qui a frappé le Venezuela, dans la nuit de mercredi à jeudi, est la survenue d’un phénomène relativement rare : la succession très rapide et proche de deux secousses majeures “jumelles”. 
 

Les puissants séismes qui ont frappé le Venezuela dans la nuit de mercredi 24 à jeudi 25 juin ont déjà officiellement causé la mort de plus de 160 personnes, a annoncé Delcy Rodriguez, la présidente par intérim du pays.

Mais le bilan humain des deux tremblements de terre enregistrés, de magnitudes 7,2 et 7,5, devrait encore s’alourdir au fur et à mesure que les secours fouillent les décombres des villes autour de l’épicentre, situé à seulement 170 km à l’ouest de Caracas, la capitale du Venezuela.

Dévastateur à plus d’un titre

Pour l’USGS, l’agence américaine qui surveille et étudie les séismes à travers le monde, une catastrophe naturelle de cette ampleur risque de faire entre 10 000 et 100 000 morts.

Cet événement sismique est, en effet, inhabituel et dévastateur à plus d’un titre. Le tremblement de terre principal, survenu à 18 h 04 heure locale (00 h 04, heure de Paris), est le plus puissant depuis 1900 au Venezuela. Mais ce n’est pas seulement la magnitude de ce séisme, 7,5, qui a frappé les esprits. La catastrophe semble avoir été produite par l’enchaînement très rapide de deux tremblements de terre presque côte à côte. "C’est en tout cas le scénario privilégié pour le moment, même si on ne peut pas exclure l’hypothèse d’un seul événement complexe", précise Piero Poli, sismologue à l’université de Padoue.

Image de couverture : © France 2402:13

Entre le premier choc et le second, il n’y a eu qu’environ 40 secondes. "C’est ce qui fait que les personnes exposées aux secousses ont eu l’impression d’un seul tremblement de terre qui aurait duré très longtemps", explique Thomas Lecocq, sismologue de l'Observatoire royal de Belgique.

Ces deux séismes presque concomitants se sont également produits à seulement 45 km l’un de l’autre. En l’état actuel des informations disponibles, "cela ressemble à ce qu’on appelle des ‘doublets’, c’est-à-dire des séismes de magnitude proche qui se produisent dans un intervalle de temps très court et dans un espace géographique restreint", détaille Piero Poli.

Souvent aussi appelé séismes "jumeaux", ce sont des événements "relativement peu fréquents". "Le scénario traditionnel avec un tremblement de terre majeur est qu’il est suivi de répliques de plus en plus petites, se produisant sur la même structure [la même faille par exemple, NDLR]", note Thomas Lecocq.

Dangereux "doublets"

D’autres "doublets" marquants se sont notamment produits au large des îles Sandwich en 2021 lorsqu’un puissant séisme de magnitude 7,5 a été suivi par un autre de magnitude 8,1. En Turquie, deux tremblements de terre meurtriers ont frappé la région à quelques heures d’intervalle, en 2023.

Cependant, "contrairement à ce qui s’est produit en Turquie où les secousses ont eu lieu sur deux failles à proximité, il semblerait qu’au Venezuela, les deux séismes se soient déroulés sur la même structure, ce qui ne cadre pas généralement avec les ‘doublets’", nuance Thomas Lecocq.

Les secousses semblent avoir pour origine une même faille qui se situe à la frontière entre la plaque tectonique caribéenne et la plaque sud-américaine. "Ce n’est pas la zone sismique la plus active au monde, mais elle a tout de même connu son lot de tremblements de terre par le passé", assure Piero Poli.

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Si ces séismes "jumeaux" proviennent de la même faille, peut-être faudrait-il parler "d’événement déclencheur et de secousse principale" plutôt que "doublet", avance Thomas Lecocq.

Des nuances scientifico-sémantiques qui ne font probablement pas une grande différence pour les populations affectées. Doublets ou pas "il aurait certainement été préférable qu’il n’y ait qu’une seule secousse", juge Thomas Lecocq.

Un seul tremblement de terre de magnitude 7,2 aurait déjà probablement été destructeur dans cette région, soulignent les sismologues américains Judith A Hubbard et Kyle Bradley dans un billet de blog très complet détaillant les premières conclusions à tirer de la catastrophe au Venezuela.

Plus de répliques à venir ?

Une deuxième secousse rend la situation encore plus dangereuse. Surtout que si sur le papier la différence entre les deux peut sembler réduite sur l’échelle de Richter, un séisme de magnitude 7,5 "relâche trois fois plus d’énergie qu’un tremblement de terre de magnitude 7,2", assure Thomas Lecocq.

À la suite, ces deux séismes "peuvent provoquer des effets de résonance ou de vibrations plus longs et importants sur les bâtiments ou les structures affectées", explique cet expert.

Les tremblements de terre se sont produits dans une région en partie montagneuse et plus les secousses durent, plus le risque de glissement de terrain augmente, d’après les experts interrogés.

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Il pourrait également y avoir un impact sur le nombre et l’intensité des répliques. Il ne fait nul doute que la région va encore faire face pendant un certain temps à ces "échos" de la secousse principale. Le site de l’USGS en prévoit des dizaines, voire des centaines dans les mois à venir. Le risque d’avoir une autre secousse d’une magnitude de 6 et plus dans la région d’ici un an dépasse même les 50 %, selon cet observatoire américain.

"Il est difficile de savoir si le fait qu’il y a eu deux puissantes secousses successives va avoir un impact sur le nombre de répliques car on manque de données scientifiques pour établir une règle à ce sujet", souligne Piero Poli. Il veut croire que le nombre de répliques "ne va pas changer dramatiquement" pour autant et que les plus fortes sont à attendre dans les premières heures, ou les premiers jours après le séisme principal et que leur force décroît ensuite rapidement.

Il n’empêche que la question est importante pour organiser les secours car, pour Thomas Lecocq, "c’est bien plus difficile à faire sous la menace de répliques" fréquentes.

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