Qui à Washington devra porter le chapeau si les négociations avec l’Iran sont à l’image du protocole d'accord déjà signé, c’est-à-dire jugé favorable à Téhéran ? Un mouvement grandissant au sein du camp Maga semble vouloir faire du vice-président J.D. Vance le bouc émissaire de toute cette affaire. Mais ce dernier acceptera-t-il d'endosser ce rôle ?
Le vice-président des États-Unis ne se rend finalement pas à Genève, vendredi 19 juin. Il a été privé de la signature du compromis d'accord avec l'Iran, que le président Donald Trump a déjà paraphé au château de Versailles. Mais pas d’inquiétude pour les fans de J.D. Vance : il est omniprésent sur tous les fronts médiatiques pour défendre ce très controversé traité, attaquer ses détracteurs et faire l’éloge de la "réussite" militaire américaine au Moyen-Orient.
J.D. Vance en super VRP de cette feuille de route pour les négociations à venir ? Il en assure en tout cas l’après-vente avec une conférence de presse à la Maison-Blanche et des passages à la télévision, aussi bien sur les chaînes "amies" comme Fox News que dans des médias plus critiques, comme CNN. "Il a fait au moins cinq interviews à ce sujet depuis la signature de l’accord par Donald Trump", le 17 juin, a comptabilisé Scott Lucas, spécialiste de la politique américaine à l'université de Dublin.
Le "J.D. Vance deal"
Le vice-président est devenu le visage de l’accord alors que le secrétaire d’État, Marco Rubio, demeure silencieux et que le ministre de la Défense, Pete Hegseth, semble se désintéresser du dossier depuis qu’il n’est plus question de bombarder l’Iran.
De visage de l’accord à bouc émissaire en cas de débâcle politique, il n’y a qu’un pas, que certains semblent vouloir pousser J.D. Vance à faire.
À commencer par Donald Trump en personne. Après avoir signé le document mercredi, le président américain a affirmé en "plaisantant" que "si tout se passe bien, j’en récolterai les lauriers, sinon je blâmerai J.D.". "Avec Donald Trump, il y a toujours un fond de sérieux dans ce qu’il assure être des blagues", prévient Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine à Sciences Po et auteur de l'ouvrage "Les mots de Trump".
Image de couverture : © France 2409:23
Car le compromis signé par Donald Trump est de plus en plus décrit comme "l’accord J.D. Vance", sur la très conservatrice chaîne Fox News comme par des "influenceurs" Maga sur les réseaux sociaux. "Il faut être très clair, c’est J.D. Vance qui a négocié l’accord, c’est l’œuvre du vice-président", a ainsi expliqué le commentateur d’extrême droite Ben Shapiro à ses sept millions d’abonnés sur YouTube.
Le camp pro-Trump semble avoir préparé le terrain depuis un certain temps déjà à une "bouc-émissarisation" du vice-président. En avril déjà, lorsque Donald Trump avait chargé son numéro 2 d’aller négocier avec l’Iran à Islamabad, il lui avait fait un cadeau empoisonné. Si tout s’était bien passé, J.D. Vance aurait pu soigner son image de "présidentiable". Mais, après avoir dû mettre un terme aux négociations après un jour seulement, Vance "était devenu le parfait bouc émissaire aux yeux du président américain", avait estimé dès fin avril le politologue indien Harsh V. Pant.
Le parfait punching-ball
"Il est une cible facile, car il n’est ni très populaire ni très charismatique", assure René Lindstaedt, spécialiste de la politique américaine à l’université de Birmingham. Le vice-président représente "le parfait punching-ball sur lequel peuvent se défouler ceux qui ne sont pas satisfaits de l’accord", ajoute Richard Hargy, spécialiste de politique américaine à l’université d’Ulster.
D’abord, il n’est pas Donald Trump. "Pour la base Maga, le grand chef ne peut pas se tromper, et il faut donc commencer à construire un récit permettant d’accuser quelqu’un d’avoir mal conseillé le président si l’accord final est tout autant décrié", explique Jérôme Viala-Gaudefroy.
Le président reste intouchable pour les élus républicains. "Ce serait une décision politiquement très dangereuse de critiquer directement Donald Trump", soutient Richard Hargy. Les élections de mi-mandat de novembre approchent et "la plupart des républicains voudront faire campagne sur son nom. Il faut donc protéger autant que possible l’image du président", précise Dafydd Townley, politologue et spécialiste des États-Unis à l’université de Portsmouth.
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Pour le milliardaire, il convient aussi "de rappeler à l’ordre un collaborateur aux ambitions politiques personnelles un peu trop prononcées", assure René Lindstaedt. J.D. Vance est, en effet, actuellement en tournée de promotion de son dernier livre "Communion", perçu comme un jalon sur la route d’une éventuelle candidature à la présidentielle de 2028.
Pour Donald Trump, c’est un peu prématuré. Menacer de jeter son vice-président en pâture à sa base "reste une manière efficace de rappeler qui est le patron", ajoute René Lindstaedt.
Les dés ne sont cependant pas encore définitivement jetés. Le président américain attend de voir J.D. Vance à l’œuvre "dans son rôle de grand défenseur de l’accord signé avec l’Iran", assure Dafydd Townley.
En effet, plus encore que de rejeter la faute sur les autres, Donald Trump aime "vendre son image de grand négociateur et entend bien s’attribuer tout le mérite" si son bras droit obtient en définitive un meilleur accord avec l’Iran, ou s’il réussit à faire taire les critiques du compromis actuel, affirme Dafydd Townley.
Un fusible qui ne veut pas sauter ?
Le vice-président n’entend pas se résigner à jouer le rôle de fusible si la guerre au Moyen-Orient vire à la débâcle politique. "Il n’est pas un pion passif et son offensive médiatique vise à prouver qu’il compte bien récolter quelques lauriers si l’issue des négociations à venir avec l’Iran est positive pour les États-Unis", juge Scott Lucas.
Dans le cas contraire, J.D. Vance sait aussi que Donald Trump ne pourra pas entièrement éviter d’être tenu pour responsable de la situation. "Il s’est toujours mis au premier plan médiatique durant la guerre, multipliant les messages sur les réseaux sociaux assurant à de multiples reprises qu’un accord était proche et que la guerre était finie", note Richard Hargy.
Dans ce cas-là, "sa position de successeur éventuel à Donald Trump pourrait même en être renforcée, car il pourra dire que, même s’il n’avait jamais été très favorable à cette guerre, au moins il aura essayé d’être dur avec les Iraniens", souligne Scott Lucas.
Mais "c’est une séquence politique très risquée pour J.D. Vance", assure Jérôme Viala-Gaudefroy, puisqu'il risque de se mettre Donald Trump à dos au moindre faux pas ou si son manque de loyauté devient flagrant. "D’ici à la prochaine présidentielle de 2028, J.D. Vance peut éventuellement se remettre d’avoir été l’homme d’un mauvais accord avec l’Iran, mais sûrement pas de ne pas être soutenu par Donald Trump", tranche Richard Hargy.
Le comble pour le vice-président est que cette guerre au Moyen-Orient peut, d’après les experts interrogés, très bien donner un sérieux coup de pouce à la faction isolationniste au sein du camp conservateur, tout en se révélant politiquement fatal pour l’un de ses principaux porte-parole : J.D. Vance.